30 mai, 2007

LES 100 JOURS DE SARKO, 1 confirmation

Classé dans : politique France — pyrrhon @ 8:03

 

Etape 1 : 30 jours. Confirmation

« Je ferai ce que j’ai dit. Je tiendrai mes promesses »

(Sarko ; meeting électoral du Havre 29 mai 2007)

 

 

Nous avons déjà dit (cf notre page permanente, les sept travaux du Président Sarko) combien nous pensions que la plupart des engagements proclamés par Sarko pendant la campagne- « je dis ce que je ferai et je ferai ce que je dis » étaient imprécis, mal étudiés, peut être non applicables et en aucun cas susceptibles de résoudre à eux seuls les vrais problèmes qui se posent à la France ( ci-dessus « les  sept travaux du Président Sarko »). Ces mesures néanmoins iront dans la bonne direction et nous ne reprocherons pas à Sarko de les avoir formulées et de tenter de les mettre en œuvre rapidement. Mieux elles sont habiles car n’imposant pas une rupture trop brutale. Le seul moyen peut être de pouvoir aller plus loin.

 

Mais qu’en est il au fait de ces 30 premiers jours de Sarko et les incurables « libéraux » que nous sommes peuvent ils se déclarer satisfaits ?

 

De ce point de vue la réponse est plutôt franchement oui !

 

  • Un gouvernement élargi et dont nous apprécions la composition (voir ci-dessous notre article « un coup de maître »)

 

  • Une pratique gouvernementale resserrée autour d’un Président hyperactif dont nous apprécions l’activisme et qui met fin à 30 ans d’hypocrisie qui voulait nous faire croire que le Président était un « arbitre » mais qu’il ne gouvernait pas ( voir ci dessous notre article « un nouveau régime »)

 

  • Un nouveau style de gouvernement plus décontracté, un peu « people » et même glamour, très médiatisé et très exactement à l’image de ce qu’avait fait Tony Blair en Grande Bretagne il y a une douzaine d’années pour conquérir les classes moyennes. Je suis comme vous : je fais du jogging, je plaisante,  je suis décontracté, je tutoies presque tout le monde spontanément, je n’insulte pas mes adversaires avec des slogans éculés et je ne suis pas grossièrement sectaire, je parle sans complexe et j’ai même une famille recomposée ce qui est du dernier chic aujourd’hui.

 

  • Une politique étrangère qui s’infléchit dans le bon sens ( Voir notre article ci-dessous « Sarko et l’Europe » ) à quoi nous ajouterons la position remarquable exprimée par B. Kouchner à propos du Liban : Au Liban, « la France veut privilégier le dialogue avec les personnalités et les représentants de groupes qui sont en faveur de l’unité du Liban, de son autonomie et de son intégrité territoriale. Cela veut dire très clairement que nous n’avons pas à parler avec les dirigeants syriens ». On croirait entendre un diplomate américain. Cela nous réjouit. Surtout après les coups bas des démocrates américains et les arrières pensées du dialogue qu’ils prônent avec la Syrie et l’Iran pour prouver qu’eux au moins ne sont pas des « va-t-en guerre ».

 

  • Et beaucoup d’éléments positifs en politique intérieure

 

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    • Sur tous les sujets qui pourraient donner lieu soit à des négociations, soit à des concertations, dialogue renforcé avec les organisations syndicales, qui ont du mal à ne pas se montrer séduites, et bonne décision de privilégier systématiquement la négociation et de laisser d’abord la main aux partenaires sociaux, à charge pour eux de les mener à bien dans un délai raisonnable. Il faudra d’ailleurs les bousculer un peu car comme le dit J.C.Mailly, FO, « on ne va pas travailler pendant les vacances. C’est des méthodes de patron ». En effet, J.C.Mailly, les patrons , eux et pas mal de cadres, ne peuvent pas toujours se permettre de prendre des vacances quand ils sont confrontés à la concurrence, ce que nos grands syndicats, dit représentatifs, douillètement installés dans leurs confortables monopoles et leurs moyens garantis depuis 1945, peuvent évidemment se permettre et apparemment ils ne s’en privent pas.

 

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    • Délégation aux partenaires sociaux du soin de réfléchir dans un premier temps sur le « contrat de travail unique », sujet ô combien difficile, ô combien technique et dont il est bien difficile de savoir aujourd’hui si cela débouchera sur quelque chose et pour lequel Chérèque estime qu’il faudra au moins 6 à 8 mois pour déboucher. Cf ci-dessus :  il va tout de même falloir les bousculer un peu.

 

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    • Bonne décision aussi de renvoyer au niveau  des entreprises concernées ( sans toucher pour le moment au cadre légal du droit de grève)  et clairement ici à la SNCF, les premières réflexions sur « le service minimum » dans les transports- ni la Poste , ni l’Education Nationale n’ont été évoquées- car les spécialistes savent que le problème concerne quasi exclusivement la SNCF et plus précisément deux syndicats, Sud et les autonomes, et qu’il n’était surtout pas question de faire un nouveau Grenelle pour cela.

 

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    • Les partenaires sociaux ont aussi la main dans un premier temps sur l’assurance chômage, la sécurisation des parcours professionnels et le contrat de travail, comprendre aussi le « contrat de travail unique » si on débouche sur quelque chose, sujets sur lesquels patronat et syndicats travaillent d’ailleurs ensemble depuis 6 mois. Leurs délais : ils doivent aboutir avant fin 2007, sinon le législateur reprendra la main.

 

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    • Excellente décision enfin d’avoir confirmé l’absence d’admnistie routière, cette mesure ridicule qui voyait les chauffards multiplier gaillardement les contraventions pendant les pré campagnes présidentielles assurés du feu vert que leur donnaient implicitement Messieurs Mitterand et Chirac.

 

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    • La promesse phare de Sarko sur la suppression des charges sociales et fiscales sur les heures supplémentaires est un sujet plus délicat et dès maintenant c’est un véritable  casse tête avec une quantité d’obstacles d’ordre juridiques, peut être même constitutionnels, et des risques financiers sérieux. La promesse, excellente, « travailler plus pour gagner plus » aurait peut être été plus tenable si on avait osé s’attaquer « bille en tête » aux lois Aubry. Du moins peut on le supposer. Néanmoins beaucoup de gens s’attellent à la tâche avec sérieux et application et il y aura n’en doutons pas d’innombrables points de vue opposés qui seront confrontés. C’est une bonne chose. Attendons la suite.

 

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    • Déduction fiscales des intérêts d’emprunts sur acquisition d’une résidence principale : Bercy planche. Tout le secteur immobilier est en effervescence !

 

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    • Mise à l’étude de la suppression de la carte scolaire. Là aussi, pas facile et « hyper » délicat et mise à l’étude de plus d’autonomie pour les universités.

 

    • Volonté d’instaurer une culture de résultats dans les services publics et réaffirmation de ne remplacer qu’un fonctionnaire dur deux partant à la retraite. Très,  très, très bien. Même les ministre vont recevoir leu lettre de mission et pourraient se voir « sanctionner » en cas de non réalisation. C’est tout dire !

 Extraordinaire opération de redécoupage des administrations qui seule va permettre d’éliminer les doublons, contrôler les antagonismes naturels de certaines grandes directions, ramener les métastases administratives dans le droit chemin au besoin en les traitant au scalpel. Ce sera dur, ce sera douloureux et il faudra l’intervention permanente de Sarko pour que cela avance mais c’est un élément clé de la « vraie réforme » de cet état adipeux et gangrené.

 

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    • Réduction des droits de succession….jusque ou ? Il ne faudrait pas exonérer les patrimoines conséquents de cette contribution citoyenne que les plus grands pays libéraux, à commencer par les Etats-Unis, pratiquent toujours. Laissons ce genre de fausse générosité aux républiques bananières ou aux petits pays qui courent la chasse aux capitaux (Belgique)

 

  • La plupart de ces mesures vont coûter cher et elles vont plomber les comptes. Le gouvernement s’en exonère en expliquant d’ores et déjà qu’elles vont aussi relancer la croissance, donc générer des ressources supplémentaires et qu’au bout du compte tout s’équilibrera. On assiste en fait à une politique keynésienne classique de relance par la consommation, laquelle paradoxalement  est le privilège des majorités de gauche ! Les politiques classiques de droite, en principe, sont à l’opposé. Elles s’intéressent d’abord aux entreprises et à l’offre en leur donnant les moyens de produire mieux et moins cher. Il est vrai qu’ici avec les heures supplémentaires défiscalisées et exonérées de charges sociales, les entreprises seront légèrement allégées.

 

  • Quoi qu’il en soit, ces mesures Sarko réussiront elles ? Peut être mais peut être pas. Quand on s’enfonce profondément en économie administrée sans ajustements   venant du marché et du comportement naturel des agents économiques, et , ce qui sera le cas ici pour beaucoup de ces mesures, en comptant uniquement sur les règles à calcul des fonctionnaires du « Gosplan », on peut aussi tout aussi bien avoir de mauvaises surprises car les effets pervers sont rarement maîtrisables(cf:les effets d’aubaine et les effets d’éviction que P.Artus,chef économiste Natixis, signalaient récemment)

Ce sera in fine notre principale réserve sur ces mesures qui ne bouleverseront pas la France et qui, en tout état de cause, selon nous, ne sont pas en mesure de résoudre à elles seules les grands problèmes structurels auxquels le pays est confronté, en particulier le chômage de masse, l’intégration des banlieues dans l’économie productive, le vieillissement de la population et les défaillances graves des systèmes éducatif et de santé.

 

  • Le gouvernement va être absorbé dans le détail par ces mesures sympathiques  pendant un bon bout de temps. il ne faudra pas donc pas  s’attendre à beaucoup d’autres choses, ni à la fin des 100 jours, ni dans les mois qui viennent. Mais si déjà cela est réussi, si les français applaudissent, et que même les syndicats ont été amadoué…alors peut être ce gouvernement pourra t il  tenter d’aller plus loin et de poursuivre vers du plus sérieux ?….si Dieu le veut.

 

25 mai, 2007

SARKO ET L’EUROPE par Pyrrhon.

Classé dans : politique Europe grippages — elis @ 9:13

 

Campagne électorale oblige, les candidats racontent n’importe quoi pour rallier le maximun de voix et gagner l’élection.

Sarko n’a pas failli à la règle . Tour à tour anti turc, protectionniste mais aussi positif sur l’idée de relancer l’Europe par un texte simplifié, il n’a pas failli à la règle et n’en a pas été à une contradiction près. Mais, qu’en est il aujourd’hui après 15 jours de pouvoir ?

C’est très intéressant car déjà des évolutions s’esquissent même si des ombres demeurent.

D’abord, Sarko s’est précipité chez A.Merkel. C’était beau ! C’était grand ! et il a bien fait de le faire . La France et l’Allemagne au cœur du projet européen. Réalité incontournable. Et simultanément, on a su que même si des points d’accord pouvaient se dessiner, les réalités nationales n’épargneraient pas aux deux dirigeants, qui par ailleurs doivent s’apprécier, de forts points de désaccord.

Hier,25 mai 2007, Sarko s’est rendu à Bruxelles auprès de la Commission. Et cela aussi c’était bien, très bien, et hautement symbolique. Et tout comme avec Angela, les lignes de force ont été tracées et sont particulièrement intéressantes.

 

Pour un libéral , forcément européen, que sait on aujourd’hui ?

 

  • EADS : Sarko ne fera pas de la renationalisation rampante. Le problème d’EADS c’est son pacte d’actionnaires (dixit sarko). Il a totalement raison. Angela doit être d’acord même si elle sait qu’en matière d’actionnariat dans EADS, l’Allemane publique pèse peu par rapport à la France et, qu’au finish, elle doit pourtant rééquilibrer les pouvoirs entre les deux pays. A suivre. Mais, jusque là, on est plutôt dans le positif. Une très grande entreprise européenne, avec des atouts intacts, va se réorganiser. Elle sera privée et des vrais patrons viendront la diriger.
  • La relance du fonctionnement de l’Europe à 27 : Avec les règles actuelles- unanimité- l’Europe à 27 ne peut pas fonctionner. Chacun le sait et chacun est conscient qu’il faut en sortir. Sarko a proposé un texte simplifié qu’il pourrait faire ratifier par le Parlement. Mais la plupart de ceux qui ont ratifié la défunte « Constitution » tiennent à conserver son volet social et notamment l’Allemagne. D’autres se contenteraient bien de Lisbonne qui leur donne des pouvoirs considérables – Pologne – ou qui correspond parfaitement à leur philosophie d’une grande et bonne zone de  libre échange (Grande Bretagne). Autour de l’idée d’un nouveau texte, il n’y a pas néanmoins de blocages absolus, ce serait tuer l’Europe. Angela consulte. Sarko se propose de l’aider. La Commission est au travail pour tenter de dessiner de nouvelles majorité qualifiées. Gageons qu’on en sortira et que Sarko pourra peut être faire ratifier un nouveau texte par le Parlement réuni en Congrès, tout en expliquant urbi et orbi à ses concitoyens « qu’il ne remet nullement en cause leur vote souverain ».
  • La Turquie : les positions radicales de Sarko ont fait l’effet d’une douche froide en Europe et les Turcs, ils ont bien raison, ont commencé à boycotter les entreprises françaises. A Bruxelles, heureusement, le problème a été vite réglé. Sarko a répété qu’il ne voulait pas de la Turquie. Barroso a rappelé les accords antérieurs, y compris de la France, le calendrier des négociations, très progressif et très étalé ( On parlera de l’entrée de la Turquie dans 12 ans), et Barroso a  rappelé à Sarko, qu’ en Europe, personne n’avait envie de bouger sur ce dossier… et que si un Etat souverain- nous- voulait bloquer le processus contre tous les autres, il n’avait qu’à prendre ses responsabilités et exercer son droit de veto. Gageons que le dossier sera replié pour quelque temps.
  • Les autres avancées franchement réactionnaires de Sarko : Il faut renforcer les protections aux frontières. Il faut surtaxer les importations des pays pauvres qui ne respectent pas les droits sociaux européens ( ???). Il faut que l’OMC ne sacrifie pas l’Europe au profit des Etats-Unis ( ??? ). Il faut camper « l’arme au point » sur les limites que nous avons fixé à Bruxelles pour la protection de notre sacro sainte PAC et ne plus accepter la moindre évolution, défense des grands céréaliers et betteraviers oblige. Tout cela est, soit mal connu, soit franchement pas sérieux. Attendons de voir si ces postures intransigeantes et franchement politiciennes, pour ne pas dire poujadistes, se matérialiseront dans quelque chose de plus solide.

19 mai, 2007

COUP DE MAÎTRE par Pyrrhon

Classé dans : politique France — pyrrhon @ 9:03

  

La composition du nouveau gouvernement est un coup de maître :

  • Référence magistrale aux annonces politico médiatiques : il y a bien 15 personnages dont 8 hommes et 7 femmes,
  • Il y a une ouverture claire et inattendue vers la gauche et le centre qui symbolise la volonté de rassemblement du nouveau président, et du coup désoriente encore un peu plus le parti socialiste,
  • Il y a d’élégantes, jeunes et compétentes jeunes femmes ministre pour donner belle allure à ce gouvernement resserré, et souligner la parité tant réclamée.
  • Il y a enfin Rachida Daci, issue de l’immigration et de milieu pauvre dont la nomination rappelle un peu celle de Condie Rice aux Etats-Unis. Son arrivée, sur un ministère majeur de plein exercice, et sans aucun rapport avec l’immigration, est un acte essentiel qui va marquer les banlieues et faire comprendre aux jeunes maghrèbins qu’enfin quelque chose change et que les portes closes de la population française de souche sont en train de s’ouvrir. C’est un acte fort de discrimination positive et Rachida Daci l’incarne de belle manière.

 

Ce gouvernement marque  aussi des changements déjà perceptibles dans certains domaines clé de la politique française :

  • Avec Bernard Kouchner, la politique étrangère va évoluer : moins complaisante avec les dictatures, moins « réal politique », plus engagée aux côté des humanitaires et des populations défavorisées du tiers monde. Cela va nous rapprocher des Etats-Unis.
  • Avec Jean pierre Jouyet  c’est la volonté claire de s’insérer rapidement dans l’Europe qui est réaffirmée
  • Avec le Ministère de l’identité nationale c’est une volonté tout aussi claire d’aborder sans faux fuyant les questions migratoires alors que depuis 30 ans cela n’avait jamais été fait : contrôler les migrants entrants pour mieux accueillir, mieux intégrer et ne pas se laisser déborder ce que beaucoup de nos voisins ont commencé à faire ( Voir Tony Blair)
  • Enfin avec le budget , les comptes et la fonction publique séparés de l’économie et des finances, on devine que la question des redéploiements dans la fonction publique, ne sera plus longtemps éludée.

 

Mais il y a plus et bien que cela n’apparaisse pas clairement, on peut se demander s’il n’y a pas aujourd’hui, au sein de ce gouvernement, quatre personnages clé, dans des fonctions et des rôles très différents, et qui vont être en fait les vraies chevilles ouvrières du changement, sans aucune compétition ni désaccord entre eux puisque agissant dans des domaines totalement distincts

 

  • Il y a d’abord Alain Juppé et ses « hommes » : Eric Woerth au budget et Xavier Darcos à l’Education Nationale. Cette équipe semble constituer pour maîtriser les comptes, imposer des économies,redéployer la fonction publique  et sélectionner aux mieux les investissements à opérer, une véritable fonction régalienne de la gestion rigoureuse de l’Etat , autonome et indépendante de tout ministère dépensier. Bien qu’à l’industrie et aux transports , nul doute qu’Alain Juppé, ministre d’Etat,ne coordonne et peut être même supervise cette équipe.Rigueur morale, compétence, intelligence, connaissance parfaite des hommes et des rouages de l’Etat, Alain Juppé est taillé sur mesure pour un tel rôle.
  • Il y a ensuite François Fillon, discret , effacé, ne faisant pas la moindre ombre à son président, mais préparé de longue date au contact permanent avec les organisations professionnelles et aux tâches orientées vers les questions sociales,donc bien armé pour entreprendre les réformes, retaites, sécurité sociale ou santé, dont la France a besoin.Pour lui la concertation quasi permanente,  afin de donner peu de prétexte à l’opposition pour jeter ses bataillons dans les rues.
  • Il y a enfin Claude Guéant à l’Elysée », véritable premier ministre pour le coup, supervisant tous les ministères et répercutant les priorités et les exigences du Président

 

C’est peut être là qu’est la « dream team » : trois hommes s’appréciant réciproquement, dans des domaines différents, dotés de puissants pouvoirs et rapportant directement au Président dans leurs domaines respectifs. Un Etat major rapproché en quelque sorte et un circuit court, gage d’efficacité.

17 mai, 2007

CHANGEMENT DE REGIME par pyrrhon

Classé dans : politique France — pyrrhon @ 15:42

 La V° république, régime instauré par De GAULLE et Michel DEBRE, pour un exécutif fort et responsable, s’est diluée depuis 1981 et l’arrivée de Mitterand puis de Chirac au pouvoir, dans un condominium mou, léthargique et indéfinissable, du fait des cohabitations recherchées par les deux personnages pour durer. De Gaulle n’avait pas prévu cela et ne l’aurait jamais accepté mais sans changement constitutionnel apparent, de fait, tout à basculé. Immobilisme ,petites manoeuvres, coups bas, de part et d’autre on se surveillait dans l’espoir de reprendre au plus vite le pouvoir à l’autre mais on ne faisait rien et depuis 27 ans la France s’est endormie, dans ses têtes (refus de voir que le monde avait changé et que le communisme s’effondrait), dans ses réformes (monde syndicalo-étatique figé depuis 1945), dans ses rentes (pléthore de services publics et parapublics bien protégés et bien payés- à l’aune des petits boulots-et payés par des prélèvements sociaux et fiscaux excessifs sur les entreprises d’où le chômage le plus élevé d’Europe). Tel est le bilan de 27 ans de règnes immobiles de MM Mitterand et Chirac. Heureusement la France n’en est pas encore morte : ses grandes entreprises sont brillantes, les français , au noir, travaillent plus qu’on ne pense et les PME se « défoncent » tous les jours pour relever les défis du temps et les mouvements du monde avec des frontières ouvertes.

Arrive Nicolas Sarkozy qui annonce clairement que l’Elysée va reprendre le pouvoir et que s’en sera fini de la fiction du président arbitre. C’est bien et c’est indispensable ! car le pouvoir n’a jamais quitté l’Elysée. Oeil de Caïn pendant les périodes de cohabitation. Faux distant de Matignon pendant les périodes sans cohabitation, le Premier Ministre, dans ce cas, n’était responsable en rien, même pas de la composition de son gouvernement.

Il est bon que le pouvoir revienne clairement à l’Elysée et que l’élu du suffrage universel sélectionné  par les français pour cinq ans, se comporte enfin comme un vrai dirigeant, choisisse son équipe, annonce ses objectifs et se batte pour les réaliser.

Mais ce serait peut être encore mieux si des ingrédients de vrai régime présidentiel se glissaient subrepticement dans la Constitution avec apparition de vrais contre pouvoirs actifs au Parlement: vrai contrôle de la dépense publique par les députés et possibilité d’obstruction à toutes dépenses non gagées par des recettes correspondantes, un peu de proportionnelle à l’Assemblée Nationale pour bien entendre les voix de toutes les oppositions et aucune hésitation de la part du Président à dissoudre l’ Assemblée et à retourner devant les électeurs si par hasard une motion de censure renversait son Premier Ministre par suite, notamment, de défection d’une partie de sa majorité. Telles seraient sans doute, parmi beaucoup d’autres, quelques unes des voies qui permettraient d’équilibrer avec prudence exécutif et législatif.

Les textes écrits et l’usage qu’on en fait sont deux choses différentes. Le droit « coutumier » des constitutions libérales est probablement beaucoup plus important que la rigidité apparente de notre VI° république. Sachons nous en inspirer.

16 mai, 2007

Revolution conservatrice française par N.Lecaussin

Classé dans : politique France Présidentielle — timon @ 7:19

En plus des bonnes nouvelles, comme la mort du Parti communiste français et les scores ridicules des gauches antilibérales, antiaméricaines et antimondialisation, nous avons pu assister durant ces élections au réveil d’une droite désinhibée et probablement à l’apparition pour la première fois en France d’un courant conservateur. Peu de spécialistes insistent sur le fait que la victoire de Sarkozy est aussi un pied de nez au « chiraquisme », cette fausse droite antilibérale, sans âme ni corps, complètement coupée des réalités économiques et de la vie des gens, incapable de comprendre la marche du monde et les bouleversements de la société, gavée à l’étatisme et à l’interventionnisme. Attirer six millions d’électeurs de plus que Chirac en 2002 c’est plus important que le million d’électeurs perdus par Le Pen qui est, on le sait très bien, plus une boîte de communication qu’une alternative politique crédible.

La France a eu enfin un candidat « conservateur » dans le sens anglo-américain du terme. C’est-à-dire un politique dont les valeurs sont le patriotisme mais aussi le libéralisme, la tolérance et la compassion, la réussite de l’individu et de l’entreprise privée, le culte des droits et des devoirs. A cela s’ajoute le rejet de la langue de bois et du discours vide de sens auxquels nous avait habitués l’ancienne génération de politiques issus de l’ENA (Ecole nationale d’administration), là où l’on apprend la forme sans le fond. Pour la première fois donc, le conservatisme politique en France n’est plus synonyme d’immobilisme et le conservateur n’est plus celui « qui tend à maintenir l’ordre social existant » (Petit Robert).

Mais Sarkozy va-t-il réussir à faire la révolution conservatrice française ? Pourra-t-il faire ce qu’ont fait un Reagan aux Etats-Unis ou une Thatcher en Grande-Bretagne, imités par Aznar en Espagne, Howard en Australie ou Koizumi au Japon ? Pourra-t-il arriver à la création d’une vraie droite conservatrice française qui s’imposera pendant des années dans le paysage politique ? Difficile de répondre à ces questions d’autant plus que l’histoire politique française ne plaide pas en faveur de ce conservatisme réformateur. Sur le plan intellectuel, nous avons eu d’un côté, Maistre, Bonald et Maurras, et de l’autre, Tocqueville, Constant, Aron et Jouvenel. Souveraineté, légitimisme, nationalisme chez les premiers, libertés, droits de l’individu et modernisme chez les seconds. Incapables de s’entendre, ces courants intellectuels ont été étouffés au XXe siècle par ceux de la gauche étatiste. Sur le plan politique, sous la Ve République, nous avons connu l’autoritarisme du général de Gaulle, le centrisme de Giscard d’Estaing et la droite gauchisante de Chirac. Le libéralisme a été absent des grandes rencontres électorales, sauf pour être condamné, tandis que la « pensée réactionnaire » maurrassienne s’est éteinte avec le temps. Mouvement de contestation, mélange de nationalisme, de protectionnisme et de quelques idées libérales, le lepénisme et l’extrême droite n’étant qu’une réaction au système et un rejet des appareils.

Ainsi, l’absence de conservatisme politique est une autre exception française. Mais les grandes révolutions conservatrices et libérales ont été faites par des politiques au-delà des traditions et des courants intellectuels. Le conservatisme américain de Reagan a réussi grâce aux actions des conservateurs de terrain comme Richard A. Viguerie et Bill Buckley, grâce aux associations de la société civile et au travail des « think tanks », ces laboratoires d’idées et d’action dont l’influence a été décisive. Les théories économiques de Friedman ou de Hayek n’auraient jamais suffi pour gagner la bataille. Elles n’ont fait qu’alimenter le débat, surtout après la victoire politique, et c’est ce que semble avoir compris Sarkozy qui s’est interdit toute allusion à un quelconque courant économique. Pareil en Grande-Bretagne et dans d’autres pays où, paradoxalement, la révolution conservatrice est partie de la base et non pas d’en haut. Attirer les classes populaires, sortir en tête dans les régions touchées par la désindustrialisation et pas seulement par les problèmes d’insécurité, sont des caractéristiques d’un vrai candidat conservateur. Reagan, Thatcher, Bush ont été élus (et réélus) par les classes populaires. En 2004, c’est « l’Amérique profonde » qui a voté pour le candidat George W. Bush pendant que l’Amérique bobo des villes de la Côte Est votait pour Kerry.

A en croire le magazine Marianne (du 28 avril) dont la Une portait le titre suggestif « Ce qu’il y a de Bush en lui », Sarkozy serait un clone du président américain, le lecteur devant comprendre que c’est explosif et très dangereux pour la France. Laissons la revue Marianne à ses peurs et ses frustrations et réjouissons-nous que de nombreux tabous soient tombés. Le chemin de la liberté est encore long mais le début est prometteur.

Nicolas Lecaussin,Ifrap

 

12 mai, 2007

Ma composition de coeur pour le nouveau gouvernement

Classé dans : politique France — pyrrhon @ 21:24

  

 

La mixité imposée dans une équipe restreinte pose un problème insoluble et à la limite du ridicule. On ne choisit pas un ministre parce que c’est une femme mais parce qu’il a exactement le profil et la personnalité requise pour une véritable mission commando qui va réclamer des qualités exceptionnelles.

Fillon , bon secrétaire général de préfecture, pour un président qui va prendre les choses en main, a exactement le profil qu’il faut pour mener les grandes discussions sociales et salariales avec les syndicats. Il faut lui rattacher les affaires économiques et sociales en direct. Pour les autres grands ministères , il faut des grands commis de choc et de classe qui rapporteront surtout à Claude Guéant à l’Elysee.

  1. A la ville et pour les banlieues, JL Borloo bien sûr.
  2. A la santé une femme énergique et mâitrisant ses dossiers, pourquoi pas  Simone Veil  ou son homologue plus jeune ?
  3. A l’Industrie et aux transports Anne Marie Idrac
  4. A l’économie et aux finances Alain Juppé, la classe intellectuelle, la connaissance intime de Bercy et la probité morale. La règle à calcul pour dégraisser les ministères pléthoriques
  5. Aux Affaires étrangères, bien sûr Michel Barnier plutôt,que Vedrine : l’ouverture à gauche à ses limites et Vedrine est bien trop anti Atlantique et européen trop tiéde quant au fond
  6. A l’Education Nationale garder Gilles de Robien. Il s’en tire pas si mal et l’UDF doit être servie.
  7. Aux Armées garder Alliot Marie. Elle n’attend que cela. C’est un secteur ou il n’y a pas péril en la demeure et on aura enfin une femme qui, de plus, assurera la continuité.
  8. A la justice Philippe Houllion le rapporteur de la commission qui a magistralement fait son boulot après l’affaire Outreau.et qui sait ce qu’il faut terminer
  9. Enfin, dernier poste clé, l’Intérieur. A mon avis Sarko a un nom en tête et sait très bien à qui il doit confier ce secteur hypersensible. Peut être Brice Hortefeux. La proximité des deux hommes et leur confiance réciproque totale pourrait permettre de régler les problèmes qui ne manqueront pas de se poser dans les manifs.
  10. Restent cinq postes pour Rachida Dati (immigration et identité nationale), Kosciusko Morizet( agriculture ,espace et environnement) Xavier Bertrand(culture et communication), christine Lagarde(commerce exterieur ) Renaud Dutreil(PME et ..). Trois femmes et deux hommes.Et l’on place la génération montante.

On aurait donc 6 femmes ministres pour 8 hommes . 15 têtes de file en tout avec Fillon. C’est pas mal et on a presque respecter les slogans électoraux. Enfin tous les grands ministères sont tenus par des gens de classe qui connaissent leur métier. Cela vaut peut être mieux que des nouveautés faites pour surprendre.

NB: On parle de B.Hortefeux pour l’UMP.Dommage que ce ne soit pas J.P. Raffarin à la Présidence du parti. Il a joué un rôle remarquable pendant l’ouverture des débats internes, courtois, brillant, rassembleur et équilibrant avec talent toutes les sensibilités.

Par ailleurs, B. Hortefeux, un peu Fouché reconnaissons le, me semble de plus en plus le Ministre de l’Intérieur idéal.

11 mai, 2007

Qui sera Sarko? Pyrrhon et Madelin s’interrogent

Classé dans : politique France — pyrrhon @ 20:17

 Tout est possible par Alain Madelin

Rarement une telle fenêtre d’opportunité pour réformer en profondeur notre pays ne se sera présentée. La belle victoire de Nicolas Sarkozy dans un contexte de mobilisation électorale massive est assurément le fruit d’un vote d’adhésion. Au second tour le «Tout sauf Sarkozy !» n’a pas fonctionné. Cette adhésion témoigne sans aucun doute d’un côté d’un besoin d’ordre, de sécurité et de protection, mais elle témoigne plus encore d’une envie de mouvement incarné moins par le programme que par la personnalité même de Nicolas Sarkozy.
On retrouve là l’analyse précieuse de Bertrand de Jouvenel. L’autorité politique remplit tantôt une fonction d’arbitrage, tantôt une fonction d’entraînement. Saint-Louis rendant la justice sous son chêne à Vincennes, Bonaparte entraînant la victoire au pont d’Arcole. À la couronne royale de la concorde représentée par la candidate socialiste, les Français ont préféré le sceptre de l’action. Donc, le nouveau Président de la république a reçu le mandat du changement. Une conjoncture économique exceptionnellement favorable lui facilite la tâche. La déconfiture électorale des antilibéraux professionnels élargit le champ du possible.

Le nouveau Président veut agir, agir vite. Il le peut.
Il faut, disait-il, tout dire avant pour pouvoir tout faire après. La formule est heureuse. Elle traduit une volonté de s’appuyer sur la légitimité démocratique du mandat que l’on a reçu pour mettre en oeuvre rapidement des réformes difficiles et vaincre les obstacles au changement.
Mais quel est au juste ce programme du candidat que le Président a mandat de mettre en oeuvre ? C’est là que les difficultés commencent.
Nous avons entendu dans cette longue campagne un candidat Sarkozy -que nous avons apprécié- qui nous parlait de réformer l’État en profondeur, de reconstruire notre modèle social devenu inefficace et coûteux, de baisser nos impôts et nos prélèvements obligatoires, de supprimer la carte scolaire, de libérer les établissements scolaires et les universités, de permettre de travailler le dimanche…
Nous avons aussi entendu -et beaucoup moins apprécié- le même candidat parler de protéger nos services publics, faire l’éloge de l’interventionnisme industriel, faire des appels au protectionnisme en proposant une « préférence communautaire » ou la taxation des importations, vouloir remettre en cause l’indépendance de la banque centrale européenne, on se lançait encore dans des innovations fiscales et sociales hasardeuses (TVA sociale, droits sociaux opposables, unicité du contrat de travail, fiscalité écologique…). Difficile de se reconnaître dans un tel mélange. Mais il faut bien reconnaître qu’il a été électoralement efficace.
Pour le nouveau Président, tout est possible. Il peut lire et appliquer son programme en laissant parler son instinct libéral. Il peut tout aussi bien laisser aller un tempérament interventionniste nourri par un discours protectionniste et sécuritaire. Il peut encore tenter de fonctionner au mélange.
Le très influent quotidien britannique Financial Times s’interroge sur notre nouveau Président : «sera-t-il un libéral économique ou un interventionniste populiste ?». Le caractère hybride de son programme n’a échappé à personne. Pour souligner cette ambiguïté libérale les observateurs parlent volontiers de «bonapartisme moderne» ou de «libéral colbertiste».

Une chose est sûre heureusement. Le nouveau Président veut être l’homme de l’action et des résultats. Celui qui veut retrouver le plein-emploi, doper le pouvoir d’achat, soutenir la croissance, réformer l’État et moderniser la France. Ceci passe nécessairement par des réformes -toute expérience des autres pays en témoigne- qu’ailleurs on n’hésite pas à qualifier de «libérales» Dans sa campagne électorale, le candidat Sarkozy a su allier des discours tournés vers la France entreprenante et vers la France populaire. Sans les opposer, en les réunissant dans un même projet. Il appartient au Président Sarkozy de maintenir cette alliance en mettant un trait d’union entre le libéral et le social, la liberté et la sécurité, la réussite des uns et l’égalité des chances pour tous. De même que Tony Blair a su en Angleterre rénover le travaillisme en le mariant avec le libéralisme, nous formons le voeu que notre nouveau Président de la république saura porter les exigences libérales de la modernité.

Alain Madelin

 

En espérant que Guy Sorman aura raison, Pyrrhon

Classé dans : politique France — pyrrhon @ 20:00

 

La France rattrape son époque par Guy Sorman

On ne gagne jamais seul, ni par hasard. La personnalité compte, le projet aussi, l’organisation, bien entendu. Mais importe plus encore le souffle de l’histoire, le grand vent des idées dominantes : Nicolas Sarkozy emporte la conviction populaire car, en même temps, une vague le soulève. Celle-ci vient de loin, du début des années 1980.

À cette époque, le marxisme, enfin, est à bout de souffle : Soljenitsyne en annonce l’effondrement moral. Le social étatisme, dans sa version occidentale, ne se portait pas mieux : les économies d’Europe et des Etats-Unis versaient dans l’inflation et le chômage. Plus les Etats intervenaient, plus le marasme gagnait. Le champ éthique aussi était en lambeaux : l’Eglise ne digérait pas Vatican II tandis que Mai 68, chant libertaire à l’origine, dégénérait en un relativisme désespéré. D’affreuses maladies nouvelles s‘en mêlèrent, comme pour souligner que tout n’était pas permis.

Au seuil de ces abîmes, l’Occident tout entier s’est ressaisi : ce sursaut, selon les traditions locales, dans les années 1980, s’est appelé Révolution conservatrice ou Révolution libérale ou néo-libérale. L’étatisme qui jusque-là, semblait la solution, fut soudain dénoncé comme étant le problème. De cette révolution dans la pensée dominante, ont surgi de nouvelles politiques : moins d’Etat, plus de marché, plus d’ordre aussi, la tolérance-zéro face aux crimes. Cette pensée nouvelle qui a ses philosophes (Bertrand de Jouvenel, Friedrich Hayek), ses héros politiques (Ronald Reagan, Margaret Thatcher, José Maria Aznar, Helmut Kohl) et spirituels (Jean-Paul II), a gagné toutes les nations d’Occident, de l’Est – l’URSS s’effondre – et du Sud – la Chine et l’Inde se rallient à l’ordre économique libéral. L’autoritarisme ancien cède aussi devant la technique : Internet, plus qu’un mode de communication, impose des normes et comportements franchement libéraux, individualistes et mondialistes simultanément.

Mais un Etat, un seul, résiste : la France évidemment. Partout la dépense publique recule, ici elle progresse. Partout, la loi et l’ordre contiennent l’insécurité ; chez nous, on tolère, on analyse, on se repend. En Europe, tous les Partis socialistes rejettent le marxisme, tous devinent dans la croissance économique le vrai chemin vers l’équité. Pas de ça en France : nos marxistes sont immuables. François Furet avait expliqué cela : les marxistes sauvent leur peau en se faisant passer pour les continuateurs de la Révolution de 1989. Impensable de se défaire de pareil héritage : nos écoliers en sont gavés. Plus trivialement, vingt pour cent des Français qui travaillent dans le secteur public craignent que le libéralisme ne détruise leur cocon : un libéralisme non pas expliqué mais diabolisé, avec le concours efficace des apparatchiks de l’enseignement.

Notre Droite resta tout aussi congelée, hormis l’intermède libéral de 1986-88 .La mémoire du Gaullisme sans doute, et l’emprise de l’Enarchie sur les partis, ont interdit la mutation libérale au moment même où elle était possible et nécessaire : dans les années 1980, le monde a privatisé, la France a nationalisé. Nous en prendrons pour vingt-cinq ans, de blocage, de myopie, assorti d’un substantiel retard de notre niveau de vie et de nos espérances : la France, homme malade de l’Occident.

Jusqu’à ce que les Français se rendent à l’évidence : le monde ayant changé, il convient maintenant de le rattraper. Dans notre Histoire, cette démarche n’est pas neuve : nous aimons cultiver notre singularité, nous inscrire à contre-courant, prétendre que jamais nous n’agirons comme les autres. Et surtout pas comme des anglo-saxons. Avant de faire comme tous les autres mais avec un certain décalage.

Ainsi de Gaulle vint et décolonisa parce qu’avant lui, nul n’osa. Giscard d’Estaing ? Parce qu’il était jeune, il comprit son époque et il aligna la loi sur les mœurs. Et Nicolas Sarkozy ? Il lui appartiendra de rendre l’Etat efficace car il n’est pas de société libre sans un Etat qui marche. Il permettra aux entrepreneurs d’entreprendre car l’économie libre est aussi simple que cela. Ce projet étant désormais celui du Président de tous les Français, il aura besoin d’une sorte d’acquiescement de la gauche. C’est possible : à l’honneur de Ségolène Royal, malgré son Parti et ses alliances, elle aussi aura esquissé une révolution conservatrice. Mais Nicolas Sarkozy a mieux compris et mieux interprété l’instant : la France était arrêtée à l’heure de son clocher, il la remet à l’heure du temps.

Guy Sorman

7 mai, 2007

Après l’élection de Nicolas Sarkozy

Classé dans : politique France Présidentielle — pyrrhon @ 21:50

 

06 mai 2007

MANDATS IMPÉRATIFS par Nicolas Baverez

    L’histoire retiendra que, le 6 mai 2007, les Français ont repris leur destin en main et engagé, après l’avoir différé depuis 1989, l’adaptation de la France à la nouvelle donne issue de la mondialisation et de l’après-Guerre froide. En élisant Nicolas Sarkozy, ils ont refermé le cycle de mensonge et de démagogie qui a réuni les présidences de François Mitterrand et Jacques Chirac, et donné deux mandats impératifs. Au nouveau chef de l’État, il revient de moderniser le pays. À ses opposants, il revient de réaliser l’aggiornamento de la gauche en assumant sa conversion à la social-démocratie.
    Avec 31,1 % puis 53, 3% des voix et un taux de participation record de 85% puis 86%, les Français ont donné à Nicolas Sarkozy une solide base politique pour conduire les réformes. Ils n’ont pas effectué un vote de rejet, mais d’adhésion. Aussi est-il hautement probable qu’ils confirmeront leur choix lors des élections législatives en donnant une majorité absolue au nouveau président. Les facteurs décisifs de sa victoire sont à chercher d’une part dans la cohérence et l’innovation de son projet, fruit de la rénovation de la doctrine de l’UMP, d’autre part dans sa crédibilité reconnue pour exercer la fonction présidentielle. Les cinq conditions requises pour moderniser le pays sont donc réunies : l’acceptation des réformes par l’opinion, un mandat clair des citoyens, un projet politique fondé sur la rupture, une forte capacité de leadership ; un gouvernement et une majorité stables.

    Nicolas Sarkozy se trouve ainsi face à une responsabilité majeure. Il a indiqué à juste titre qu’il voulait tout dire avant pour tout faire après. Il a promis qu’il ne trahirait ni ne décevrait ses électeurs. Il va devoir agir vite et fort. Et cela d’autant que son élection découle de la prise de conscience par les Français tant du déclin de leur pays que de leur paupérisation dans un monde qui s’enrichit. Et cela d’autant que son élection s’explique tout entière par sa compétence pour conduire le changement, qui a emporté les réticences sur sa personnalité. Pour devenir l’homme de la nation et de son temps, Nicolas Sarkozy n’a d’autre choix que de devenir le président de la modernisation française, à l’image de ce que fut le chancelier Schröder pour l’Allemagne. C’est par la réforme qu’il fera la démonstration que sa victoire n’est pas seulement celle de l’ambition mais celle de la France et que, contrairement à Jacques Chirac, il est apte à se hisser à la hauteur de la fonction présidentielle et de l’histoire.

    Le destin du quinquennat de Nicolas Sarkozy se jouera tout entier autour du redressement de la France. L’année 2007 sera déterminante, qui devra fixer les grandes orientations dans trois domaines. D’abord la réinvention d’un modèle français apte à générer une croissance forte et à renouer avec le plein-emploi, ce qui passe par la mise en place d’une stratégie de l’offre – fondée sur la libéralisation du marché du travail, le déblocage de la production par le démantèlement des réglementations malthusiennes, l’attraction des cerveaux et des talents via la normalisation des prélèvements fiscaux et sociaux, l’autonomie des universités et l’investissement dans la recherche – et par la réforme de l’État associant productivité des services publics et désendettement. Ensuite, le recouplage de l’autorité et de la responsabilité dans les institutions de la Ve République grâce au renforcement des pouvoirs du Parlement, à la transformation de la Justice en pouvoir à part entière, au contrôle des nominations, tous éléments indispensables pour rompre avec la corruption et le népotisme des années Mitterrand-Chirac. Enfin, la sortie de la crise européenne née du rejet du projet de constitution, la réintégration de la France dans le concert des démocraties, la refondation de la politique extérieure et de défense.

    Au sortir de l’élection, Nicolas Sarkozy dispose d’une légitimité incontestable. Il devra cependant trancher plusieurs dilemmes. Le premier touche à la clarification de la stratégie économique, qui devra opter en faveur de la ligne réformatrice et d’une insertion résolue dans la mondialisation et le grand marché, contre les tentations étatistes, protectionnistes ou corporatistes : il est ainsi vital d’exclure toute forme d’indexation des salaires sur les prix, aussi ravageuse pour la compétitivité que les 35 heures, et incompatible avec la monnaie unique. Le deuxième concerne la composition du gouvernement et les nominations dans la fonction publique, qui devront privilégier d’emblée le mérite et la compétence sur les allégeances ou la révérence. Le dernier porte sur la réconciliation du nouveau président avec la partie de la France qu’il inquiète et qui, à tort ou à raison, s’est mobilisée contre lui, notamment au sein de la jeunesse et dans les banlieues.

L’ouverture doit être politique, mais aussi sociale et civique. D’où l’importance de la méthode, qui doit concilier l’exigence de l’action et la culture du résultat avec le travail de conviction. D’où la nécessité d’un équilibre entre les domaines où le gouvernement devra agir seul et vite, et ceux où la négociation devra primer : avec les syndicats en matière de fonctionnement de la démocratie sociale, avec les collectivités territoriales pour endiguer l’envolée des dépenses locales, avec nos partenaires européens pour relancer l’intégration du continent.

    À gauche également, rien ne sera plus comme avant. Et ce d’autant que cette défaite nette vient conclure une élection a priori imperdable. Ségolène Royal, au fil d’une campagne percutante et innovante, a restauré l’honneur et la capacité de mobilisation de sa famille politique. Sans parvenir à surmonter son double déficit en termes de crédibilité du leadership et de cohérence d’un programme, plombé par l’archaïsme économique et social du projet socialiste. Elle a en tout cas créé les conditions de l’aggiornamento longtemps repoussé de la gauche, en faisant exploser les tabous sur l’impossibilité d’un positionnement social-démocrate et de l’union avec le centre.

    Au-delà des législatives, la gauche doit reconstruire une opposition crédible, ce qui passe par une révision de sa doctrine et de ses alliances, de ses équipes et de ses moeurs. Le choix de la social-démocratie doit être ouvertement assumé contre les tentations antilibérales. L’acte de décès de l’union de la gauche et de son avatar, la gauche plurielle, oblige à envisager un accord avec une partie du centre. Les comportements claniques doivent laisser la place à des pratiques et des choix transparents. Autant de changements qui s’effectueront au travers d’un affrontement féroce pour le leadership du Parti socialiste, voire une compétition avec François Bayrou pour la conduite de l’opposition face à Nicolas Sarkozy.

    Au nouveau président, comme à ses opposants, l’élection de 2007 impose une nouvelle éthique politique faite d’engagement, de responsabilité et de cohérence. Là est la rupture la plus profonde. Tout le mérite en revient aux Français.

Rédigé à 23:26 |

5 mai, 2007

Le choix par Alain Madelin

Classé dans : politique France Présidentielle — pyrrhon @ 21:13

 Le débat a eu lieu. Les termes du choix sont clairs.

Certes, les libéraux sont orphelins non seulement d’un candidat défendant franchement leurs couleurs, mais aussi, d’un débat qui aurait plus largement pris en compte les idées et les propositions qui sont les leurs depuis longtemps, et dont ils pensent qu’elles sont une exigence pour le pays.

Ils auront cependant observé avec satisfaction la disparition de l’extrême gauche antilibérale et l’évolution corollaire du parti socialiste, sous l’impulsion de Ségolène Royal vers des conceptions davantage social-démocrates, voire social-libérales. Mais il n’en reste pas moins que les propositions économiques et sociales de la candidate socialiste restent très largement marquées par un conservatisme étatique (« Touche pas aux interventions de l’État ! »), une relance keynésienne par la distribution artificielle de pouvoir d’achat, le partage du travail, des idées fiscales hostiles à la création de richesses et une conception de l’exercice du pouvoir très largement fondé sur la cogestion avec les syndicats.

En regard, Nicolas Sarkozy représente assurément une volonté d’action pour faire bouger la France, une volonté de la sortir de ses carcans, un appel à travailler et à entreprendre dans le cadre de réglementations fiscales et sociales plus légères. Le souhait encore de rendre les Français propriétaires, d’alléger le poids des fonctionnaires ou de faire bouger enfin l’éducation nationale l’université.

Les libéraux feront donc le choix de Nicolas Sarkozy.
Pour ceux qui sont engagés à l’UMP, ce choix va de soi. Ceux aussi qui se sentent de droite avant d’être libéraux -et ils sont nombreux- se reconnaîtront assurément dans un discours de droite franchement assumé et même fièrement revendiqué par le candidat de l’UMP. Les autres feront enfin tout simplement un choix de raison, par élimination.

Tout au long de cette campagne, nous avons cherché à repérer les propositions libérales, hélas trop rares dans les programmes des candidats. A souligner aussi les orientations heureusement plus nombreuses susceptibles de rallier les faveurs des libéraux. Nous avons voulu enfin souligner les erreurs ou les manques de cohérence que nous trouvions dans telle ou telle proposition.

Nous l’avons fait en toute honnêteté intellectuelle et en toute liberté partisane.
C’est en usant de cette liberté que nous avons notamment, dans notre analyse critique des discours des candidats, marqué notre inquiétude face à des propositions de Nicolas Sarkozy que nous jugions inadaptées, trop interventionnistes et même parfois franchement protectionnistes.

Nous l’avons fait dans un souci de continuité intellectuelle et de cohérence avec les analyses et les propositions développées depuis longtemps par les libéraux. Car ceux-ci croyons-nous ont davantage réfléchi aux contraintes du nouveau monde et de la nouvelle économie. Ils en ont davantage compris les mécanismes. À commencer par les ressorts de la liberté de choix et de la liberté d’entreprendre. C’est dire qu’ils croient davantage à un État qui libère qu’à un État qui Veut et qui Ordonne.

Nicolas Sarkozy veut assurément réussir, ramener la France sur le chemin du plein-emploi, apporter la prospérité économique, assurer un haut niveau de protection sociale à tous les Français.

Pour cela, face aux réalités, il ne pourra qu’empreinter les chemins de la liberté que les libéraux ont plus que jamais pour devoir de paver de leurs analyses et de leurs propositions.

Alain Madelin

 

 

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