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14 novembre, 2009

Lisbonne et le monde

Classé dans : Europe — elis @ 17:15

 

 

Curieux le peu d’attention médiatique portée à l’avènement de l’Europe de Lisbonne.

Est-ce le mécontentement des « vrais démocrates » qui se gaussent du oui acheté aux irlandais ou encore le regret d’avoir vu Vaclav Klaus finalement céder. Toujours est il que c’est quasiment dans les entrefilets de dernière page que l’on apprit que, début décembre 2009, l’Europe de Lisbonne serait en place, que le président de l’Europe pour deux ans serait désigné et que son représentant pour la politique étrangère aussi.

Et pourtant l’évènement est considérable. Pour la première fois l’Europe va exister autrement que comme un grand marché et pour la première fois la règle de l’unanimité ne sera plus exigée sur nombre de sujets essentiels. C’est un progrès considérable à l’heure d’une Europe malmenée par la désinvolture américaine et ses profonds errements sur le dollar et c’est aussi une urgence face à la montée en puissance de l’Asie du sud est.

Certes l’Europe diplomatique n’est pas née, mais l’Europe inexistante et le bilatéralisme affiché jusqu’alors par les plus grandes nations européennes dans leurs relations avec les USA, la Russie ou le Moyen orient, devrait faire place peu à peu  à une position européenne commune sur nombre de grands dossiers mondiaux.

Si les chancelleries se décidaient à mettre à la tête de l’Europe un président de poids ce serait encore mieux. On peut craindre malheureusement qu’on s’entende plutôt pour y mettre un ectoplasme…l’Europe des états souverains n’est pas morte. Elle va  seulement perdue un peu de sa suprématie au profit d’une voix collective de l’Europe qui devrait commencer à exister.

Quelques signes encourageants semblent aussi apparaître.

Au plan économique, tout d’abord, ou en dépit du suivisme forcené de Gordon Brown à copier la politique américaine de déficits gigantesques, l’Europe continentale se montre plus circonspecte sur les politiques économiques qu’il convient de conduire face à la crise. Avec ses nouveaux alliés libéraux Angela Merkel vient, en tout cas, de se démarquer nettement . Des déficits qui s’aggravent, certes, mais à une échelle nettement plus prudente que celle des Etats Unis et surtout des baisses d’impôt importantes pour les entreprises qui devraient mieux les aider à traverser la crise. Moins d’Etat et encouragement à l’initiative privée. Une politique libérale qui s’assume en quelque sorte et qui ose s’afficher. Par les temps qui courent c’est plutôt rare mais, comme c’est l’Allemagne qui le fait, 3° puissance économique mondiale, ce n’est pas rien.

Une autre caractéristique européenne, avec Lisbonne, celle du rôle assigné à l’Euro, pourrait aussi mieux s’exprimer. Constamment poussé à la hausse par le dollar et le yuan qui le suit, l’euro tire vers le haut. Dans les stratégies de dévaluations compétitives qui s’esquissent à travers le monde, ce peut être un handicap… (bien que ce soit aussi une force quand on n’a pas de pétrole). Néanmoins mieux vaudrait qu’une coordination renforcée entre la Commission, la présidence européenne, les Etats et la BCE, définissent une stratégie ou au moins des tactiques communes face aux autres monnaies. Il y a des marges de manœuvre, face aux excès des autres, qui pourraient être exploitées. En tout cas l’Europe ne devrait pas trop brader ses réserves en or car, d’une manière ou d’une autre, celui-ci finira par entrer dans le panier de devises mondiales qui supplantera inévitablement le dollar. Une bulle de monnaie papier qui enfle indéfiniment, en ce moment le dollar, finit toujours par éclater. Il n’y a jamais eu d’exemples contraires dans l’histoire du monde.

Une dernière évolution semble intéressante à souligner dans la chrysalide  européenne de Lisbonne

Ce sont les péripéties et les signes autour de l’évolution du dossier d’adhésion de la Turquie. L’énorme contresens de Sarkozy et sa démagogie à usage interne pour s’opposer à l’entrée de la Turquie en Europe semble se fissurer sous l’effet de contre feux, peut être même allumés par Paris. Il faut dire que la Turquie, dixième puissance économique mondiale, a déjà fait comprendre aux industriels français que leurs investissements n’étaient pas forcément les bienvenus. Mais aussi cette insistance de la France à rejeter la Turquie, en dépit des évidences qu’il faut l’amarrer au continent, rencontre, fort heureusement, une très forte résistance en Europe. Gageons, qu’avec Lisbonne, la question de l’adhésion turque en 2015 ne sera plus indéfiniment reportée et qu’une ligne claire sera peu à peu acceptée. L’Europe aura aussi besoin de la Turquie et de son exemple laïque pour une meilleure intégration des populations islamiques des Balkans.

Enfin les rapports de l’Europe avec une autre grande nation, la Russie, pourraient également évoluer. Gorbatchev rappelait récemment qu’entre le formidable pôle de développement mondial de l’Asie du sud est et l’Europe, la Russie ne pourrait pas éternellement hésiter et qu’il faudrait bien qu’un jour elle s’amarre à l’un ou l’autre des deux continents. Les cérémonies du XX° anniversaire de la chute du mur ont montré à cet égard quelques signes d’hésitation de la part du pouvoir totalitaire moscovite. Medvedev est venu parler de la lutte contre le terrorisme, entendre islamique, dont Moscou a évidemment une peur bleue. Mais Moscou sait surtout que c’est l’Europe qui lui achète son gaz et que ses élites enrichies tournent plutôt leurs regards et leurs intérêts vers le continent avec lequel le passé et les références culturelles sont les plus proches. Espérons qu’un jour le MVD s’effacera au profit d’un fonctionnement un peu plus démocratique de la Russie et que le rapprochement Europe/ Russie, qui effraie encore, et à juste titre, l’Europe de l’est, mais plait tellement au quai d’Orsay, pourra se faire progressivement.

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