25 mars, 2010

pensée unique française

Classé dans : politique France — elis @ 11:44

 

«  En comparaison des débats américains, la France se distingue par une monoculture idéologique et des tabous ou clichés culturels sur la plupart des sujets importants qui devraient véritablement distinguer la droite de la gauche »

 

 

Pour tout dire la gauche est bien la gauche. archaîque à souhait, mais la droite n’est pas la droite au regard de ce qu’elle est dans la plupart des autres pays occidentaux.

Regardons l’Amérique. Pas de tabou, pas de cliché et une guerre sans merci entre droite et gauche dans le domaine des idées. Mais encore plus, un socle droitier idéologique du GOP qui fait terriblement défaut à la droite française. Rappelons nous les « bedrock principles » du parti républicain constamment mis en avant par Mac Cain lors de la derniere campagne présidentielle aux Etats-Unis : « I believe in the bedrock conservative principles of small government, low taxes and rights of the unborns ». Mais aussi l’attachement profond à la libre entreprise, la responsabilité individuelle et  la libre concurrence comme seuls moyens trouvés, malgré leurs  innombrables défauts, pour sortir les masses de la pauvreté (le socialisme et le communisme ont prouvé qu’ils étaient incapables de le faire) et assurer un mode de vie confortable de « pays riches » à l’ensemble de l’humanité. A gauche, on privilégie l’Etat. A droite la liberté d’entreprendre et la liberté individuelle pour assurer le progrès économique. Ajoutons une droite croyant à la rigueur et à l’effort, tournée vers les valeurs familiales traditionnelles, soucieuse d’une bonne éducation pour ses enfants et une gauche plus tournée vers l’égalitarisme pour tous et le nivellement par le bas, si nécessaire, et vous aurez l’essentiel du clivage idéologique qui sépare droite et gauche dans la plupart des pays occidentaux. Vrai partout mais pas vraiment en France

Et du coup cette devinette amusante : que se dirait il ,en France, si la parole était vraiment libre et si les propos « séditieux » étaient relayés par des médias puissants pour entretenir de vrais débats de fond sur les sujets aujourd’hui tabous où la pensée unique est la règle: syndicalisme français, inégalités françaises, banlieues, services publics, cohabitation, par exemple. Et du coup comprendre pourquoi la gauche est tellement majoritaire dans les esprits en France et pourquoi elle est en responsabilité dans la quasi  totalité des régions, des départements, des grandes villes et sans doute demain , en 2012, de nouveau à la tête du pays.

 

Amusons nous à les prendre un à un.

 

  • 1. Syndicalistes en France: une force considérable dans les faits. Associés à toute les décisions d’ordre politique, ultra présents dans les médias sans véritable contradicteurs en face d’eux (sinon des journalistes toujours complaisants), jouissant d’avantages concrets considérables, notamment des subventions qui leur évitent de devoir trouver des adhérents cotisants pour les soutenir, donnant leur avis sur tout, presque uniquement présents dans les grands services publics, souvent doublés d’une présence effective dans les grands partis de gauche, ils pèsent d’un poids considérable sur l’avenir de la France. La droite française, quand il lui arrive de venir au pouvoir, prend grand soin de ne pas les irriter et, si possible, d’œuvrer sur le même terrain qu’eux. Voilà donc des gens qui pèsent d’un poids considérable. Mais comment ont ils gagnés leurs galons, quels méritent ont ils fait valoir pour jouir d’une audience aussi considérable? Quelles épreuves ont-ils traversé et quelles expériences ont-ils vécu pour être ainsi habilités, en tout temps et en tout lieu, à être choisis et désignés pour donner le seul avis autorisé sur tout, ne tenant compte que du seul intérêt de leur seuls mandants et en oubliant allègrement les intérêts de millions d’autres. Prenons les retraites: comment se fait il que les retraites des grands services publics, puis celles des fonctionnaires, soient infiniment plus avantageuses que celles des millions de salariés du secteur privé sans que personne ne trouve à y redire? Curieux, sauf si l’on réalise que nos chers syndicalistes sont ici juges et parties. Ils ont fait les régimes de retraite et ce sont eux qui en profitent. Nos syndicalistes sont des fonctionnaires. Ils ont fait carrière toute leur vie dans cette fonction, ils y ont eu un avancement correct. En récompense de leurs bons et loyaux services, ils finiront probablement dans le fauteuil d’un conseiller économique et social. Que demander de plus?

 

  • 2. Inégalités françaises:

 

Il parait qu’en France il y a des milliers de pauvres gens, RMIstes, smigards, SDF,  et par la faute de qui ? du patronat et de la droite française qui font sans doute tout ce qu’il faut pour les maintenir dans cet état de grande injustice ; Telle est en tout cas la thèse d’une bonne partie des gauches françaises et accessoirement des médias. Qu’il y aient de grandes inégalités de revenus nul ne peut en disconvenir. Mais cette question est complexe et ne devrait jamais être abordée avec des a priori démagogiques et simplificateurs. Dans toutes  les nations riches, il y a des pauvres et plus les nations sont prospères et se développent rapidement et plus les inégalités augmentent mais, dans le même temps, les pauvres sont moins pauvres qu’auparavant. Et en temps de crise, le nombre des plus pauvres et des plus en difficulté augmente. Mais hors périodes de crise économique profonde, les plus pauvres ne sont pas les exploités des plus riches. On peut les aider, les assister ils n’en resteront pas moins précaires au regard des comportements plus classiques de la grande majorité de la population. Education sacrifiée, lourd passif social et familial, parfois réelle malchance mais aussi volonté farouche d’indépendance, emprise des drogues et de l’alcool, parfois vraies personnalités rebelles sympathiques et courageuses, on ne peut pas leur jeter la pierre et encore moins les assister en permanence. Leur vie est ainsi faîte. Ils représentent structurellement 3% à 4% de la population des pays riches. Il faut l’accepter et les aider au maximum individuellement quand on les rencontre..et qu’ils ont besoin de notre aide …et qu’ils ne la repoussent pas.

Et s’il y a des vrais pauvres en France, il y a aussi une très importante classe moyenne plutôt aisée, et aussi de très confortables patrimoines et de véritables fortunes dans de nombreuses catégories sociales, hauts fonctionnaires , céréaliers, viticulteurs, professions libérales et médicales , gens des médias sans parler des artistes ou des sportifs de haut niveau et pourquoi pas du monde politique et judiciaire. Mais tout se passe comme si les seuls riches étaient les chefs d’entreprise ( Henri Proglio par exemple, ces jours ci), les « spéculateurs » (catégorie mythique, alors que les vrais « spéculateurs » sont tout simplement les gérants de l’épargne collective qui ne font que leur travail en mobilisant l’épargne des épargnants hors des zones à risque) et les actionnaires. Tous gens détestables qu’il faudrait évidemment taxer beaucoup plus au contraire de tous les autres. Curieux tout de même car ceux qui font tourner l’économie ce sont précisément eux !

Mais, surtout, ne comptons pas trop sur les vrais riches pour rétablir l’état piteux des finances du pays. Statistiquement, c’est la logique implacable des statistiques et des maths, ils ne font pas le poids. C’est bien sur les millions de français des classes moyennes et aisées qu’il faudrait taper si l’on voulait un jour rétablir l’équilibre des comptes public et sociaux ou des retraites.

 

•3.     Banlieues 

 

Il y a tant à dire sur la question des banlieues françaises qu’on ne pourra l’aborder qu’en s’en tenant à l’essentiel :

 

  • Des tours, des habitations sociales à loyers modérés, des espaces verts , des stades, des piscines, des bibliothèques, des écoles, des collèges et des lycées en grand nombre, d’innombrables associations culturelles, éducatives et caritatives, et des grandes surfaces aux abords des voies rapides avec d’innombrables produits du monde entier pas chers. Un pays de cocagne en somme avec salles d’eau, sanitaires et chauffage central dans la quasi-totalité des appartements. Un pays de cocagne surtout au regard de l’entassement malsain et problématique dans les bidonvilles de toutes les grandes métropoles du tiers monde. A t on mesuré le nombre de voitures par foyers dans les banlieues? Si la France des classes moyennes en possède au moins deux il y a fort à parier qu’il y en ait au moins une dans chaque foyer de banlieue.

 

  • Mais alors ou est donc le problème? Qu’est ce qui fait qu’un malaise y règne en permanence et que des explosions périodiques de violence y éclatent sporadiquement en dépit des milliards déversés par l’Etat et les collectivités depuis 50 ans?

La réponse à l’évidence tient en trois points : concentration majeure de populations émigrées depuis trois générations qui n’ont pas intégré la culture française, modèle unique de l’Education Nationale qui a appliqué ici les programmes et les standards nationaux en s’entêtant désespérément dans le collège unique. Et au bout du compte incapacité totale à former les jeunes des banlieues. Enfin chômage massif engendré, tout naturellement, dans un pays ou la fonction publique représente le principal débouché des enfants des classes moyennes, et alors que les jeunes des banlieues ne pouvaient franchir le barrage des concours d’entrée dans la dite fonction publique pour cause d’inadaptation scolaire. Les entrées dérogatoires, armées, police, aide éducateurs, ont commencé à fonctionner, mais il n’était que temps et le retard à combler est tel qu’il demeure difficile de se prononcer sur l’avenir. Et les banlieues continueront à coûter horriblement cher avec leur régiments d’assistés et leur totale absence de participation aux caisses de retraite, d’assurance maladie et encore moins aux impôts.

 

•4.     services publics

 

Ils sont les stars de la mentalité française. On les encense. On les vénère. Ils sont les modèles dont nous sommes particulièrement fiers. Et partant, ils sont sacrés et donc intouchables.

Sait on pourtant, que rapportés aux usagers pris en charge, que ce soit dans la police, l’Education Nationale ou l’Assistance publique il y a environ 30% d’effectifs en plus en France que dans la plupart des pays européens et pour un service sans doute grosso modo identique. On ne peut pas dire que les CHU, les collèges et lycées ou la sécu soient nettement plus performants qu’ailleurs. Pas de statistiques sur ces sujets, mais gageons que sans être plus mauvais qu’ailleurs, nos services publics n’ont rien non plus d’exceptionnels. Le problème c’est qu’ils coûtent plus cher, qu’il faut bien les financer et, qu’en définitive, ils nous conduisent aux prélèvements obligatoires les plus élevé du monde occidental, ce qui se paye inévitablement en record de taux de chômage structurel ( hors chômage exceptionnel des temps de crise). Mr De Villepin, quand il était premier Ministre, n’avait d’ailleurs rien trouvé de mieux que d’augmenter, sans le dire, les emplois de la fonction publique ce qui lui permettait d’afficher une glorieuse décroissance du chômage. Cette solution est la tentation de presque tous les gouvernements français. Sarkozy vient d’y mettre un frein mais sans expliquer pourquoi il faut le faire. Des études européennes sérieuses ont pourtant démontré que 1 emploi de fonctionnaire en plus, c’est 1,2 chômeur en plus dans le secteur privé.

Telle est l’une des lois d’airain de l’économie et, si les fonctionnaires étaient la solution, il y a belle lurette que l’économie française serait entièrement socialiste. Manque de chance, avec ce modèle là on ne peut partager que la pauvreté et les restrictions. On en a maintenant d’innombrables preuves expérimentales. Au XIX eme siècle on pouvait en rêver. Au XXI ° ce n’est plus possible….sauf en France ou 60% de la population y croit encore !!! C’est dire le manque de vrais débats d’idée dans le débat public français et la chape de plomb du modèle de pensée unique qui nous afflige.

 

•5.     ouverture et cohabitation

 

Il parait que les français ont adoré la cohabitation, tout comme ils se sont entichés de Chirac depuis qu’il est en retraite. Il n’y a pourtant pas pire régime que celui là, qui se traduit par un immobilisme absolu et l’impossibilité d’engager la moindre réforme. C’est ce qui s’est passé pendant presque 30 ans de cohabitation droite gauche en France. Et c’est sans doute pourquoi Mr Sarkozy, s’appuyant, comme tous les politiciens  sur les sondages , n’a rien trouvé de mieux que d’engager une politique d’ouverture à gauche pour favoriser dans son gouvernement la cohabitation d’idées de droite et de gauche, puisque c’est parait il ce qui plait aux français. Il aurait pourtant du savoir qu’en politique il y a une autre règle d’or. D’abord se créer un méchant à combattre, désigner cet ennemi et ne pas hésiter à l’agresser avec la plus extrême vigueur. Mauvaise foi, approximations, mensonges. Telle est la règle pour se constituer des partisans bien embrigadés, pour démolir l’ennemi et pour le vaincre. Et qu’on ne croit pas que ces pratiques soient celles d’un autre âge. Elles sont toujours valables. Les républicains américains ne s’en privent pas. Pas plus que Martine Aubry et les hiérarques du parti socialiste. Mais Sarkozy ne semble pas bien avoir compris cela. Dommage car ce ne sont qu’avec des grands mots simplificateurs et toujours matraqués – voir Pavlov- que l’on peut avoir une chance de faire changer les choses comme sans doute voudrait il pouvoir le faire.

 

  • 6. Elections régionales du 21 mars 2010

 

L’extrême confusion de la doctrine ( sic) de la droite française, pour ne pas dire son absence, comparée à celle de la plupart des droites des autres pays occidentaux ( Voir les Etats-Unis ou l’Allemagne par exemple ) vient de trouver son point d’orgue dans la magnifique victoire de la gauche et dans la « Bérésina » infligée à la droite dite « de gouvernement ». Toutes les régions (sauf l’Alsace) gouvernées depuis 12 ans par la gauche sont reconduites dans l’enthousiasme pour 6 ans. La recette est connue : clientèlisme, recrutements massifs dans la fonction publique territoriale (+ 45% en 10 ans), dépenses sociales et d’infrastructures généreuses et pour finir un endettement massif attribué à la droite qui n’aurait pas transféré les crédits attachés aux maigres mesures de décentralisation mises en place depuis 6 ans. Pure invention bien sûr mais l’essentiel est de le clamer tous les jours. Voir Pavlov de nouveau. De toutes façons, cela marche toujours.

Mais le principal enseignement de ce scrutin c’est bien la disparition, dans les collectivités territoriales,  de la droite dite de gouvernement et l’échec probable de Sarkozy en 2012 s’il continue dans cette voie. Mais comme on ne voit pas très bien ce qu’il pourrait changer, alea jacta est : la France, selon toute vraisemblance, devrait continuer de s’enfoncer dans son socialisme chéri et son immobilisme. Et la raison profonde, outre les foucades et la maladresse de son leader actuel, tient pour l’essentiel dans l’absence de corpus doctrinal de la droite française. Rassemblement de gens plutôt privilégiés, plutôt âgés, parfois nostalgiques du nationalisme gaulliste, assez peu européens quant au fond, jaloux de leurs avantages et de leurs privilèges corporatifs, tout comme une bonne part des bataillons de la gauche, ils ne représentent pas une force de dynamique et de progrès qui serait tournée vers l’avenir. La droite française, faute de corpus doctrinal solide, ne semble pas  vraiment consciente que ce sont les valeurs de liberté, de libre concurrence, de rigueur et de bonne gestion du domaine de l’Etat, qui font progresser le monde.

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