3 mai, 2010

Crise de l’Euro

Classé dans : Economie,Europe — pyrrhon @ 13:49

 

Ou la revanche de l’économie

 

Au risque d’apparaître comme désespérément pessimistes nous avouons avoir les plus grands doutes  sur la pérennité de l’Euro.

Pas de gouvernement central. Pas de politique économique commune et une monnaie minée, comme les USA d’ailleurs, par des déficits publics impressionnants et des emprunts qui ne pourront jamais être remboursés.

Pour le moment c’est la fuite en avant ou la simple application du principe de la boule de neige qu’on laisse rouler dans la pente. On emprunte toujours un peu plus pour boucher les trous..et la boule de neige de la dette, et des frais qui lui sont associés, grossit toujours un peu plus. Et un jour viendra ou les taux, si faibles aujourd’hui, vont remonter et le problème ne pourra que s’aggraver.

La cause de la faiblesse actuelle des taux semble bien être l’afflux de liquidités qui s’accumulent autour des titres souverains, d’Etat, supposés plus sûrs que les actions ou les obligations d’entreprise, qu’il s’agisse des monnaie allemande ou américaine, encore considérées comme des refuges pour des temps troublés, mais aussi monnaies des grands émergents qui commencent à s’imposer. Le problème c’est qu’il y a 2 à 3 fois plus de liquidités que de bien réels et qu’inévitablement cela se traduira un jour par un retour de l’inflation. Cela a déjà repris sur les actions et les valeurs mobilières en général. Il n’y a jamais eu d’exception à cette règle. Les banquiers centraux ont beau avoir des outils d’intervention sans limite, ils n’échapperont pas à ce retour des règles naturelles et au retour de l’inflation engendrée par l’excès de monnaie sur les biens disponibles. Et ce d’autant moins qu’ils savent aussi, naturellement, que le seul moyen de résorber les gigantesques déficits publics réside aussi dans le retour de l’inflation. Et un jour ils finiront bien par ouvrir la bonde. Ce sont les Etats-Unis qui commenceront, notamment sous la pression de l’inflation des produits importés des grands émergents et des producteurs de matières premières. Puis l’Europe suivra.

La situation des zones défaillantes est parfaitement claire. Un grand nombre d’Etats américains, l’Etat fédéral lui même et l’Europe du « club med », France et Angleterre en plus. Jamais aucun de ces Etats ne pourra rembourser ses 10 à 20% de PIB de dettes en augmentant ses impôts ou en réduisant drastiquement ses dépenses publiques. D’autant plus impossible à faire que lorsque les taux longs ne seront plus à 4% mais à 6% ou 8%, les dettes vont exploser et se retrouver très vite avec des charges d’emprunts qui absorberont une grande partie des rentrées fiscales. Il faut donc qu’avec l’inflation, les rentrées fiscales augmentent alors que les charges d’emprunts restent stables. Exactement ce qui s’est passé en France dans les années 70/90 pour les emprunteurs immobiliers frais fixes. Bien sûr avec l’inflation, les préteurs et les consommateurs sont perdants car il faut un moment pour que leurs revenus s’ajustent. Commence alors un jeu de dupes ou les mieux armés pour la négociation s’en sortent, en France, les salariés du secteur public naturellement.

Aujourd’hui, on nous dit que lorsque la croissance reviendra, ce qui ne saurait tarder suggèrent experts et gouvernements, puisque il y a déjà des frémissements, tout ira pour le mieux et l’afflux des rentrées fiscales permettra de rembourser les dettes. Nous ne croyons pas du tout à ce scénario, notamment en France, plombée par ses prélèvements obligatoires, ses trop généreux régimes sociaux, le vieillissement de sa population et l’absence de culture entrepreneuriale dans la plus grande partie de la population trop largement fonctionnarisée. Une croissance poussive, de 1% à 1,5% par an, semble ce qu’on peut espérer de mieux dans les 4 ou 5 prochaines années. La dette va donc demeurer et nous aurons un mal fou à la rembourser.

Quant à la Grèce, il est clair que la bonne solution était la sortie de l’Euro et le rétablissement du Drachme. On lit, ici ou là, que ceux qui avancent cette idée sont de parfaits irresponsables….sans doute à cause de son effet d’entraînement et des craintes légitimes pour les suivants, France comprise. Et pourtant, avec une bonne dévaluation de 20 à 30% pour commencer, les grecs allaient booster leurs exportations, et donc leur croissance, et aussi faire des économies sans qu’ils s’en aperçoivent vraiment et sans qu’on leur demande leur avis. Imaginer ou laisser entendre que de telles diminutions de dépenses publiques, de l’ordre de 30 milliards en trois ans, apprend t on aujourd’hui, relève certainement du domaine de l’impossible. Les 4,8 milliards d’économie annoncés pour 2010 ne seraient qu’un maigre prologue. Mais déjà que la pilule est amère !

Par ailleurs, on apprend, que l’Europe va prêter 80 milliards d’€ à la Grèce et le FMI 30 milliards sur 3 ans (ses besoins sont chiffré à 180 milliards) pour lui permettre de faire face à ses prochaines échéances. Et si dans le même temps, le gouvernement grec espère faire 30 milliards d’économies, sur la même période, avec son nouveau plan d’austérité. 5 à 6 milliards d’économies aujourd’hui et 25 milliards dans les deux ans qui suivent on voit bien que les ordres de grandeur  ne sont pas du même ordre. Sommes nous vraiment dans le domaine du crédible et du possible ? On peut en douter.

Bien sûr, la sortie de la Grèce faisait clairement peser un risque d’éclatement de la zone Euro. Après la Grèce allait venir l’heure, du Portugal, de l’Espagne et des menaces sur la France. Evidemment les politiques ne pouvaient s’engager dans cette voie catastrophique pour les plus menacés. Seule l’Allemagne vertueuse avait osé en parler.

Mais ce qui vient  d’être décidé maintenant, ne va pas être mieux. On s’est refusé à la sortie de la Grèce de la zone Euro et à la dévaluation sévère qui aurait pu la sauver. On s’est aussi refusé à effacer une partie de la dette grecque, comme on le fait avec les états africains ou comme on l’a fait avec l’Argentine. N’oublions pas que les banques françaises, dans leurs comptes, ont déjà au moins 55 milliards d’emprunts grecs qu’il aurait immédiatement fallu déprécier. Bonjour les dégâts. On a donc décidé d’imposer à la Grèce de nouveaux pans d’économies qui ne résoudront probablement pas grand-chose et, surtout, on va lui apporter 110 milliards d’€, à 5% a-t-on dit ( ?) ce qui n’est pas rien, (il fallait bien satisfaire l’opinion publique allemande), pour qu’elle puisse faire face à ses prochaines échéances sur  3 ans. Tout ceci ne résoudra rien. On recule simplement les échéances tout en dégradant un peu plus la crédibilité de l’euro puisque l’on continue à accroitre la dette et que l’on peut déjà penser qu’il faudra encore changer d’échelle lorsque viendra le temps de l’aide aux prochains états européens menacés. Toujours la boule de neige de la dette publique qui grossit jusqu’au moment ou elle s’approchera de l’abime…et les taux qui augmenteront inexorablement, plus seulement pour les grecs mais aussi pour les autres.

Enfin ne nous trompons pas dans les fariboles que gouvernements et médias racontent au bon peuple. Ce ne sont pas les marchés et les méchants spéculateurs qui sont les incendiaires. Les incendiaires ce sont les gouvernements qui continuent de jeter de l’huile sur le feu en gonflant démesurément les dettes et les emprunts publics alors qu’ils savent pertinemment qu’ils ne pourront jamais être remboursés par des économies budgétaires réelles ou par des impôts en hausse. Les incendiaires ce sont plutôt eux et les juges de paix, ceux qui leur remettent les pieds sur terre et leur rappellent tous les jours les incontournables réalités de l’économie, ce sont les marchés et les soit disant spéculateurs : les gérants de sicav, des grands fonds de pensions , des assurances vie, des milliers de funds US ou de hedge funds. Ils savent très bien, eux, où sont les risques principalement, (accessoirement la Bundesbank et Angela Merkel le savent aussi et ont même  osé le dire à un moment). Les risques sont dans les gigantesques dettes publiques et dans les zones qui interdisent les dévaluations. En demandant une meilleure rémunération pour les risques encourus, cas des emprunts grecs, et demain des autres, les gérants professionnels ne font que leur travail. Il faudrait les en louer. Les lois de l’économie sont fort simples et un jour ou l’autre il faut payer pour ses folies- trop de dettes- ou ses dérives politiciennes, beaucoup trop de dépenses que de recettes pour les finances publiques. Et nous sommes en plein dedans quand il s’agit de l’Europe du sud ou des Etats Unis et cela ne pourra pas durer éternellement en dépit des « génies de la finance » et des banquiers centraux.

ll y a pourtant un aspect positif à cette crise : les gouvernements, socialistes compris, vont enfin être obligés de parler vrai. Extraordinaire à cet égard l’exhortation de Papandréou, socialiste, à son peuple, ce dimanche 2 mai 2010. « Nous venons de bénéficier d’une aide exceptionnelle sans précédent dans l’histoire. Il va falloir consentir de très grands sacrifices pour éviter la faillite du pays : augmentation des impôts indirects, suppression des avantages salariaux dans le secteur public, gel des retraites dans le public et le privé, diminution de la taille du secteur public en général, qui s’est accru de façon inconsidérée au cours des années précédente ».

On l’aura compris, la Grèce va tenter de s’engager dans une cure « libérale » que ne saurait désavouer aucun de ses autres partenaires européens, en particulier ceux des pays du Club Med. Ce qui vaut pour la Grèce vaut tout autant pour eux.

On semble enfin comprendre que les dépenses publiques et le secteur public sont par trop surdimensionnés et qu’il faut les réduire drastiquement si l’on veut retrouver un jour le chemin de la croissance et celui des grands équilibres budgétaires respectés.

Vive Papandréou, et Socrates (Portugal) et Zapatero (Espagne), tous socialistes, et qui ont déjà commencer à le dire. On attend plus que Sarko pour en faire autant…mais ne rêvons pas trop. Sur ce terrain, la droite française, qui n’a pas grand chose de « libérale » semble presque endosser parfois les postures de Martine Aubry : « plus socialiste que moi , tu meurs » ! Renforcer les grands projets d’Etat, sauver les industries nationales , sauvegarder toutes les protections sociales et assurer que nos stabilisateurs sociaux ne seront pas remis en cause, tel est le credo !
Dernier sujet de réflexion d’importance. Avec cette crise, les gouvernements européens sauront ils dépasser leurs intérêts électoraux immédiats pour se doter de véritables règles de gouvernance économique communes et commenceront ils une harmonisation de leurs régimes sociaux et fiscaux ? On en parle et on commence à l’évoquer tant il est clair que l’Europe ne peut pas continuer comme cela. Alors attendons. Mais, là encore, ne nous montrons pas d’un optimistes excessif. Angela Merkel qui vient de décider d’accorder 30 Milliards d’€ à la Grèce , contre son opinion publique, va sûrement le payer très cher lors des élections en Basse Saxe. Pareil pour Sarkozy, s’il se décidait à heurter l’opinion socialiste dominante des français et de leurs médias préférés. Dire qu’il faudrait renforcer l’Europe en acceptant que la France abandonne une partie de ses régimes sociaux trop protecteurs ne manquerait pas de susciter une nouvelle vague rose déferlant sur le parlement et amenant triomphalement, dès 2012, la gauche française la plus archaïque au pouvoir.

 

11 mai 2010 – Suite

 

Avec leur nouveau plan de sauvetage de l’Euro de 750 milliards d’€ (???), les Etats auraient, parait il, marquer un grand coup contre les mauvais spéculateurs. Ils ont surtout garantis, aux frais des contribuables, et en ouvrant la boîte de Pandorre de la planche à billets pour la BCE, les innombrables créances pourries souveraines, Grèce ou autres, que les banques et compagnies d’assurances détenaient dans leurs portefeuilles. D’où la remontée spectaculaire du secteur sur le marchés boursiers hier 10 mai. Une fois de plus, les banques sont renflouées mais, pour combien de temps? En tout cas,  Obama est content, l’Europe a fait comme lui, la dette va encore grossir et l’Euro cesser de se déprécier contre le dollar ce qui ne pourra que relancer les exportations US vers l’europe et donc assuer peut être un 3% de croissance à l’économie américaine contre 1% à l’Europe. Il a aussi gagné un peu de temps en évitant que la crise des dettes souveraines ne gagne les Etats-Unis trop vite. A.Merkel a fini par se rallier à cette solution franco américaine et à cette politique sociale démocrate et keynesienne classique. Elle aurait mieux faire de s’en tenir à son premier reflexe de rigueur et de refuser ces mesures laxistes qui ne résoudront rien et ne font que reculer pour mieux sauter. Elle vient d’ailleurs d’y perdre au passage sa majorité au Parlemand allemand. Pauvre Europe et pauvre Euro.

On attend maintenant du vrai et du sérieux de la part de l’Europe. Des plans de rigueur qui ne pourront être remis en cause et s’étalant au moins sur 5 ans. Et un Conseil des ministres qui sortira les tricheurs ou les mauvais joueurs quand ils ne se  confirmeront pas à leurs engagements. On n’en est pas là et on peut douter qu’on n’y arrive jamais. Les grands Etats européens et les hommes politiques qui les gouvernent ne sont pas prêts à abandonner de tels pans de leur souveraineté. L’avenir demeure, à plus ou moins long terme, à l’éclatement de la zone Euro sauf miracle bien improbable.

  

19 mai 2010 -suite. Entre le marteau et l’enclume

 

L’Euro continue à dévisser face au dollar. JC Trichet nous dit que tout va bien puisque sa parité s’approche de son cours d’origine de 1,19 avec le dollar. Brusquement, pourtant, l’Europe va peut être basculer de sa plaisanterie de Lisbonne à quelque chose de plus sérieux en terme de création d’un pouvoir central économique européen. Car les choses vont vite et l’Europe est de plus en plus coincée entre le marteau et l’enclume.

Le marteau ce sont les marchés financiers qui s’inquiètent de ses dettes et de son incapacité à jamais pouvoir les rembourser. D’où une pression qui s’accentue sur les primes d’émission des emprunts européens. Emprunts plus chers, charges financières sur les budgets publics de plus en plus insupportables et capacités de remboursement encore plus improbables. Le cercle vicieux parfait.

Et, de l’autre côté , l’enclume de la récession. Pour sortir de l’impasse de la dette, il va falloir faire des économies et augmenter les impôts. D’où un risque de ralentissement sérieux dans toute la zone euro, qui n’était déjà pas brillante, que les bourses sanctionnent, les investisseurs préférant s’éloigner de cette zone de turbulences tant qu’on n’y voit pas plus clair.

L’Allemagne, le moteur de l’Europe a choisi. Elle veut du sérieux, des économies budgétaires, une diminution progressive, mais efficace, de l’endettement, et un vrai pouvoir économique européen qui contrôle le tout et a des pouvoirs de sanction ou d’exclusion sur ceux qui ne joueraient pas le jeu. Elle a raison. C’est seulement à ce prix que l’Euro a une chance de survie.

Evidemment, la France et la Belgique sociale démocrate s’y opposent fermement. Pas question d’abandonner ses pouvoirs budgétaires et ses combines pour dissimuler les déficits quant on est une vraie nation démocratique face aux apatrides de Bruxelle ou à l’Allemagne.
Parions que le débat n’est pas prêt d’être tranché …et qu’en définitive (nous sommes résolument pessimistes), la zone Euro finira bien par éclater, comme Paul Volcker, un référence à ne pas sous estimer, l’a plus ou moins pronostiqué !

 

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